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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 09:14

Il y a quatre ans moins dix-neuf jours (un deux janvier), je me suis endormie dans un minibus de ligne quelque part entre Banfora et la frontière ivoirienne. Réveil en sursaut au moment où il sortait de la route, juste à temps pour le sentir braquer à gauche et le voir se coucher sur le flanc en tentant de regagner le goudron. Comprendre que mon voisin, assis à la fenêtre ouverte, côté sol, allait mourir le bras arraché.

 

Sauf que non.

 

C'est lui qui m'a éjectée du véhicule. Est retourné chercher mon sac dans l'épave menaçant d'exploser. Et moi qui me suis retrouvée au milieu de la route, couverte de sang, à me dire que merde, ces deux phalanges en moins à l'index gauche allaient être super chiantes à recoller au milieu de la brousse et que je devrais probablement me faire rapatrier (c'est quand même con quand on est parti pour six mois et qu'on est là que depuis une semaine). 

 

Des soeurs catholiques françaises nous ont donné un peu d'eau. Mais refusé de nous emmener au dispensaire (il ne fallait pas salir leur belle voiture). Alors on a partagé la remorque d'un camion de coton avec des ouvriers. Et attendu, longtemps. Là-bas comme ici, les urgences ça prend du temps.

 

Il fallait payer d'avance. Heureusement j'avais un peu de cash.

 

J'ai demandé à me laver les mains au savon avant de me faire examiner. L'infirmière avait l'air surprise. Elle n'était pas douce. J'ai eu vraiment mal quand elle m'a désinfecté. C'est que j'avais retrouvé mes phalanges entre temps, au milieu de la peau arrachée. 

 

Je n'ai pas pu me doucher seule ni m'habiller ce soir-là.

 

Deux jours plus tard, j'ai quand même décidé d'aller faire une radio. Aucune fracture, seulement la douleur. Cette fois on m'a prescrit des antibiotiques. J'avais un sacré trou, quand même.


A la pharmacie on m'a refilé un générique. C'étaient des médicaments pour soutenir le coeur. 

 

Par chance, je partais bénévoler dans une mission médicale à Bamako une semaine plus tard. Des dizaines d'enfants se sont suspendus à mes doigts mais les plaies ont fini par se fermer.

 

Et puis deux mois plus tard, dans un village dogon, un type qui avait le don a soigné "ma vilaine entorse". En me massant énergiquement avec du résidu d'huile de lampe à pétrole. Deux fois.

 

De retour en Suisse, en juillet, j'ai fini par consulter un médecin. Tendon sectionné. Opération en août. J'ai un plâtre sur toutes les photos d'un mariage dont je suis témoin (ça fait beaucoup de photos).

 

Fin septembre, je reprends ma guitare. Parce que cette chanson me trotte dans la tête depuis des jours et qu'il faut que je la joue pour l'en faire sortir. Douleur fulgurante au troisième accord (un la mineur, si ça te parle). Plus jamais je ne jouerai de guitare.

 

 

 

 

 

 

On ne se rend pas vraiment compte, quand on regarde mes mains. On ne voit rien, ou alors on croit que je me suis brûlée. Peut-être. Moi je sais que ce n'est pas parce que ça ne se voit pas que ce n'est pas là.

 

Dans dix-neuf jours ça fera quatre ans. Et depuis une semaine, quand je plie, j'ai mal. Comme ce jour-là sur ma guitare, en tentant le la mineur.


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Published by mlle-cassis - dans lobe pulmonaire moyen
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commentaires

Arielle 14/12/2011 16:45


Je compatis avec ta douleur, mais quelle histoire!


Et je suis toujours dégoûtée par ces histoires de religieux (de toutes confessions) qui regusent d'aider autrui. Si ce n'est pas leur rôle, eh bien ils sont inutiles!

mlle-cassis 16/12/2011 14:57



Le pire c'est qu'à part cette anecdote-là, je me suis tout du long considérée comme privilégiée de pouvoir avoir accès à des soins (certes de qualité un peu rocambolesque mais quand même).
Comprendre: en ma qualité de riche étrangère, avoir un budget me donnant les moyens de ne pas réfléchir des heures avant de payer CHF20.- pour faire une radio...